lundi 3 août 2026

 

Collobrières


      Dans mon enfance à Collobrières , je fréquentais peu les enfants du village : ceux-ci me houspillaient en m'appelant «  banette «  (un haricot , allusion a mon nez aquilin )

      J'avais cependant un groupe d'amis voisins , de la famille Natter qui habitaient , le reste de l'année a Toulon . Il y avait d'abord : Marie-Paule , l'ainée puis : René-Jean qui devait , plus tard , se suicider ; Jean-Pierre , le favori de sa mère   !  et le petit Dominique que chacun portait a son dos quand nous remontions la rivière …

      Sandales plastique aux pieds , on pataugeait dans les eaux déjà basses du Réal-Collobrier , on farfouillait a mains nues dans les racines des aulnes pour attraper les anguilles . Autour de nous des chevesnes mais surtout des barbeaux et les couleuvres vipérines a l'affût au fond de l'eau qui se détendaient et saisissaient souvent un poisson bien plus grand qu'elles !
      On remontait encore jusqu'à la bambouseraie : de magnifiques bambous noirs qu'on chipait au proprio pour se fabriquer nos cannes a pêche …

      Il y avait en ce temps-là une scierie près de la rivière , celle de Guipponi ; et un jour avec René-Jean on trouva entre les piles de planches : une grosse lentilles de verre .Celle-ci avait été dérobée aux illuminations du village et réclamée en vain par la publication du garde-champêtre …
Quand nous l'avons rapportée a la Mairie , on nous a regardé bizarrement ! Le doute était dans l'air ! mais notre innocence nous protégeait !

      Une autre fois l'équipe toujours en vadrouille , Jean-Pierre avait piétiné avec délices le linge étendu a sécher sur l'herbe . Les plaintes étaient remontées jusqu'à Mme Victor et Mme Béchon qui avaient affirmé : «  nos petits enfants ne sont pas des menteurs ! « 

      On visitait aussi les maisons inhabitées qui étaient nombreuses a cette époque ( le village était passé de 3000 a moins de 1000 habitants ) Je me rappelle avoir grimpé , dans une fente entre deux maisons , en appui entre le dos et les jambes !!!

      Nous nous rassemblions avec d'autres voisins sur le toit en ciment d'une ancienne remise où Marie-Paule et Marie-Claude , en tutus , nous régalaient d'une danse artistique ...Tout cela se faisait avec des piaillements qui tenaient tout le quartier au courant de nos faits et gestes !!!

      Particulièrement bruyants étaient les jeux autour de la fontaine : on tournait la manivelle et on dirigeait le jet pour s'asperger ( plus tard la Mairie la ferait fermer pour garantir la sieste des voisins ! )

      Il y avait aussi les razzias sur le prunier Reine-Claude du jardin du Curé jusqu'à ce que la bonne nous fasse fuir !!!


      En ce temps-là , dans les rues , les ampoules étaient presque toutes cassées car c'était le grand jeu , au lance pierre , des enfants natifs du village . Plus tard ils continueraient en truffant de plombs les panneaux de signalisation au retour d'une chasse infructueuse !
Plus tard ils chasseraient de nuit le sanglier avec de puissantes torches !
Plus tard ils se retrouveraient midi et soir au bar chez Borrelo pour écluser de nombreux pastis !
Et le soir mettraient leur femme a la porte pour leur apprendre le respect et la docilité !

      Il y avait malgré les apports d'immigration italienne pas mal de consanguinité car les filiations n'étaient pas garanties .
Il y a eu des incestes , des morts suspectes.
Dans mon quartier les petites vieilles tombaient comme des mouches ; naturellement , elles avaient toutes le même médecin :
Un praticien atypique qui élevait des faisans dans des carcasses de voitures !

      A un certain moment le village s'est pris d'une passion pour l'argent facile ; on a vendu a très bas prix maisons et terrains pour s'acheter : frigidaires , cuisinières , machine a laver ; tous les délices du monde moderne !
Et c'est là que le village a commencé a perdre son âme !
Plus tard pour attirer les touristes toulonnais on multiplierait les fêtes a visée commerciales ; on irait même a faire couler le vin dans la fontaine devant la Mairie !!!


    Mais nous autres , enfants de la ville en vacances a Collobrières ; nous étions protégés                  par notre réelle INNOCENCE .



dimanche 2 août 2026


 

            

  La Verne : la pépinière

      C'est un tout petit replat , au fond de la Verne , a 1m50 environ au dessus du cours d'eau , peuplé de grands chênes -verts et d'un bouquet d'aulnes qui se pressent autour de deux sources , anciennement captées .
Dans ces sources coule tout l'été une eau très pure . Il suffit de creuser le marigot que font les sangliers pour permettre l'écoulement : c'est a refaire a chaque fois !

       C'est un lieu sombre , ombré en été mais humide , triste et même sinistre en hiver... Les anciens l'ont appelé : la Pépinière mais il n'y a plus sous ces grands arbres que bruyères et arbousiers : ils ont maintenant pris de la hauteur et envoient vers le ciel leurs rameaux décharnés : au sol un tapis de branches mortes …

      Je suis venu ici , de très nombreuses fois , sans jamais rencontrer personne . J'aime m'y promener avec le sentiment que ce lieu m'appartient et a moi seul . C'est en quelque sorte mon repaire secret !

      La rivière qui le borde reçoit , vers le milieu , un ruisseau affluent , réduit en été a un mince filet d'eau . La vue s'élargit en suivant son vallon et la lumière y pénètre a flots . Une fois en levant les yeux sur la pente boisée d'en face , j'ai aperçu , a travers les buissons , la tête d'un sanglier ! Celui-ci m'a regardé tranquillement et pendant un long moment !

      De nombreux sentiers a demi-perdus que j'ai redécouverts et entretenus par la suite , partent de cet endroit : ils mènent a des petits cabanons en ruine parfois réduits a des pans de murs , a une minuscule placette entre deux ruisseaux où j'ai découvert une tortue , en train de pondre …

 
 


 

                  

           Sans Issue

  

      Ce n'était déjà plus la Plaine des Maures mais les premiers contreforts du massif . A l'entrée de la piste un panneau indiquait : sans issue  ...
      Le vieillard s'engagea avec son chien sur ce chemin visiblement pas encore viabilisé . Il descendait en pente douce entre des grands pins et plusieurs ruisseaux le traversaient . Sur le sol humide : des empreintes bizarres , difficiles a reconnaître ; cela se rapprochait d'une patte très large comme celle d'un lama ?
Le sentier continuait a descendre et notre ami estimait la pente car toute descente doit être suivie d'une remontée ! Et a 75 ans on ne gaspille plus son énergie !
      Soudain ; Ugo le malin-ouah , partit comme une flèche et l'on entendit des grognements : un sanglier adulte qui avait dû faire face avant de détaler ! Ouf   ! pas de meurtre de marcassin qu'il faudrait alors achever !
      La mauvaise piste s'engageait maintenant sous de grands arbres ,des chênes-verts relique de la forêt originelle . Le vieillard avançait dans ce tunnel qui s'assombrissait peu a peu . Il s'arrêta un moment pour photographier une flaque qui jouait au jeu des reflets moirés …
      Au détour du chemin apparut la rivière et le gué . Au delà le tracé  remontait et s'engageait dans une forêt claire .
      Il s'arrêta au bord de l'eau . La lumière dure du milieu du jour éclairait l'eau mais violaçait les ombres sur les pierres .
      Il sût alors que c'était cela qu'il cherchait  ...
 
      Reprise d'un texte de 2020 

                   


 

vendredi 31 juillet 2026

 

           REINE CLAUDE


Le soleil tape si dur que sa lumière cerné et emprisonne le Réel .

Dans la chaleur de l'été Michel et ses petits copains sont suspendus aux branches du prunier.

Ils se gavent de Reine Claude dorées ; dégoulinantes de jus sucré.

C'est alors que la bonne du curé intervient ; elle les menace mais ses cris n'ont aucun effet car si l'arbre est bien dans le jardin du curé ses branches dépassent et se penchent sur la rue .


C'est la rue qui jouxte l'ancienne usine de bouchons. Dans le temps, il y en avait trois qui puisaient leurs ressources dans les immenses forêts de chênes-liège .  c'était l'époque où collobrières comptait plus de 3000 habitants. Maintenant le village s'assoupit dans sa torpeur . Il ést le royaume de quelques enfants qui se suspendent en ce moment aux branches de l'arbre et iront cette nuit viser les lumières du village avec leur fronde .

Comme une volée de moineaux, les enfants se dispersent brusquement et Michel descend lentement le chemin qui mène au cimetière...

 

                      

Le cimetière ; trois petites tortues ...


       Michel remonte maintenant le chemin carrossable qui mène au cimetière.

      Il ne résiste pas à l'envie de tourner la manivelle de la Fontaine et l'éclat de l'eau retentit dans le silence.

      Une fois franchi le portail, sous les grands Cyprès noirs ; le cimetière éclate d'un fouillis désordonné et multicolore ; le désherbant n'est pas encore utilisé et le cantonnier épargne sa peine .

    Au milieu de tous ces massifs  débordants de toutes leurs fleurs, de toutes leurs couleurs, Michel se dirige vers la tombe de Monsieur Béchon. C'est une petite dalle maçonnée entouré de six poteaux reliés par une chaîne métallique.

     C'est un tout petit jardin que Michel entretient en récoltant des boutures de toutes les plantes des autres tombes , en récupérant des graines de toutes sortes , des petits bulbes comme ceux du Stèrbergia Lutea.

     Il entretient cette tombe avec une véritable passion.


    Parfois même Il y est encore à la tombée de la nuit quand les petites vieilles frilleuses se dirigent vers la soupe. Elles lui demandent s'il n'a pas peur de rester là tout seul ? Mais non, il n'a pas peur !

    Peur de quoi ? C'est son jardin à Lui!


   Il sort maintenant par la porte sud qui débouche sur une châtaigneraie . Il s'engage sur la piste de la Malière ; arrivé sur le col , a gauche : un petit oratoire grillagé. Plus bas toujours a gauche, il débouche sur un  champ de vigne enclavé dans les bois .

               Plus tard , Il y trouvera une couleuvre à échelons .

                           Mais ce n'est pas encore le moment ...

               Plus tard dans le champ qui aura été abandonné où subsistent quelques ceps de vignes, il retrouvera quelques tortues.

                          Mais ce n'est pas encore le moment ...


      Il se dirige donc vers un petit sentier qui descend en pente douce vers la Malière . Sur la gauche dans une ravine pleine d'herbe encore verte et tendre, Il sait qu'il trouvera peut-être des petites tortues qui viennent juste d'éclore. Effectivement, il en découvre trois.

        Plus tard, ces tortues se retrouveront au Portugal dans la maison de sa grand-mère qui dira en les contemplant : «  ce sont des animaux stioupides ! «

 

           Pour le moment ; Il vagabonde au milieu des cistes et des bruyères. les pierres brillent , étincellent de leurs éclats de schiste.          Les parfums et les crissements sont puissants tout autour de Lui.      

      C'est la splendeur de l'été , le bonheur de vivre dans la chaleur et la lumière , dans les parfums , dans la plénitude de l'instant présent de son enfance heureuse !!!

            

jeudi 23 juillet 2026

 

Un jour je partirai …


Le Séquoia possède un tronc massif et un enracinement puissant. Ses branches souples ondulent sous la bourrasque , brisent sa force et emprisonnent le vent . Il abandonne ses anciennes ramilles déséchées a l'intérieur de son feuillage si bien qu'il apparaît toujours vert ou légèrement bleuté .


Un jour je partirai …


Au matin quand le Soleil apparaît , les tortues émergent du trou qu'elles se sont creusé pour passer la nuit . Elles se réchauffent un long moment puis partent a la recherche de leur nourriture : pissenlits chicorés , des feuilles sèches et je ne sais quoi qu'elles grattent dans la terre.

Quand la chaleur devient trop forte elles s'enterrent a nouveau …


Un jour je partirai …


La couleuvre d'esculape , fine ; piquetée d'argent décrit des courbes douces . Quand on la rencontre elle s'immobilise souvent avant de s'éloigner sans hâte . Généralement quand on la saisit elle ne mord pas ! Nous en avons gardé un couple avec nous en voyage : Angleterre , Finlande puis : Collobrières , Mallemoisson ; Aiglun ; Beaujeu .

Sur Saint Isidore j'en ai relaché 7 de Collobrières ; elles sont noires alors que la race locale est verdâtre . Je les rencontre parfois . J'ai même observé un accouplement et un juvénile !

Un jour je partirai …


C'est le docteur Court-Payen qui avait attiré mon attention sur la longévité de l'If ( 2000 ans environ ) .

Ce petit arbre est très toxique surtout pour les chevaux ce qui explique sa rareté a l état naturel . On ne le trouve que dans des endroits reculés (la forêt de la St Baume )ou planté dans les cimetières de Normandie ; là il atteint une taille remarquable !

Mon amitié pour l'If a débuté dans le vallon de l'herbette a Mazaugues quand j'ai déterré quelques jeunes plants qui ont parfaitement repris!J'avais ensuite trouvé en jardinerie un If pleureur que j'ai cultivé dans une cornue sur le balcon de mes parents !!

Puis nous sommes partis a Collobrières et l'If nous a suivi !

Je l »ai laissé chez Marie Monbel quand nous sommes montés dans les Alpes …

Quelques années plus tard j'ai retrouvé dans une jardinerie de Nice ce même If ( Dovastoniana aurea )et je l »ai planté , tout près , devant la cuisine.


Mon Amie est venue l'habiter …


Beaucoup d'autres sont sur le terrain où ils se ressèment abondamment ..

Certains ont été plantés très près des murs de ma demeure    ( 50cm )

' Je vois alors : dans quelques siècles  : ils seront debout autour des ruines de la maison !


Mais Moi il y aura longtemps que je serai parti ...

 

    Reprise d'un texte d'Aout 2022 


mardi 21 juillet 2026

dimanche 19 juillet 2026

Flora - septembre 2024

 



    Flore, , une jeune femme assise sur le banc de bois parmi les fougères et les hortensias :

   A la fois un peu raide mais penchée ; attentive , compréhensive mais réservée .

   C'est une fleur délicate : un lys MMartagon 

                                               

        parmi les fougères  du bord de l'eau

mercredi 15 juillet 2026

dimanche 14 juin 2026

samedi 13 juin 2026


 

reprise d'un texte de 2020 ...

 

      Escape …
      Pris de panique le jeune garçon courrait .  Insouciant des branchages qui lui fouettaient le visage , il courrait aussi vite qu'il pouvait . Un ruisseau se présenta devant lui qu'il tenta d'enjamber mais glissant sur la berge humide , il se retrouva a plat-ventre dans l'eau peu profonde . Il reprit sa course et dans son esprit en alerte , il savait que dans les Maures , sur toutes les crêtes , il y a un sentier entretenu par les chasseurs .
      Il gravit donc la pente en ligne droite , se faufilant entre les chênes , les arbousiers et quelques pins . Quand il atteignit le sommet , il se glissa vers une ouverture dans la végétation qui lui permettrait de surveiller en bas d'où venait la menace .
      Il y avait un silence inhabituel ; pas de cigales , pas de cris d'oiseau . D'où il était il pouvait voir le fond du vallon mais il ne distinguait rien et puis un sifflement a ses oreilles suivi de la détonation …
S'il ne voyait rien , il était parfaitement visible et redevenait une cible …
      Il reprit sa course le long de la crête , pendant qu'il courrait son esprit affolé passait en revue les lieux qui auraient pu lui constituer un abri . Dans ce massif de la Verne certaines parcelles étaient totalement impénétrables : il suffirait de se glisser au raz du sol sous les bruyères et les genets épineux et là : attendre : attendre combien de temps ?
      Fort heureusement son agresseur n'avait pas de chien avec lui !
Mais s'il avait la patience de rester là
Il le tirerait quand il sortirait de sa garenne !
      Le garçon s'allongea au sol sur le dos . Son regard perçait les branches qui filtraient le ciel et la lumière                «  d'abord se calmer , calmer les battements de son cœur et puis réfléchir : peut-être suffirait-il de rester ici , immobile , tout un jour , toute une nuit , davantage sans doute « 
             Peut-être le cauchemar disparaîtrait et
                              Et tout redeviendrait comme avant ...