Pris de panique le
jeune garçon courrait . Insouciant des branchages qui lui fouettaient
le visage , il courrait aussi vite qu'il pouvait . Un ruisseau
se présenta devant lui qu'il tenta d'enjamber mais glissant sur la
berge humide , il se retrouva a plat-ventre dans l'eau peu profonde .
Il reprit sa course et dans son esprit en alerte , il savait que dans
les Maures , sur toutes les crêtes , il y a un sentier entretenu par
les chasseurs .
Il gravit donc la
pente en ligne droite , se faufilant entre les chênes , les
arbousiers et quelques pins . Quand il atteignit le sommet , il se
glissa vers une ouverture dans la végétation qui lui permettrait de
surveiller en bas d'où venait la menace .
Il y avait un silence
inhabituel ; pas de cigales , pas de cris d'oiseau . D'où il
était il pouvait voir le fond du vallon mais il ne distinguait rien
et puis un sifflement a ses oreilles suivi de la détonation …
S'il ne voyait rien , il
était parfaitement visible et redevenait une cible …
Il reprit sa course
le long de la crête , pendant qu'il courrait son esprit affolé
passait en revue les lieux qui auraient pu lui constituer un abri .
Dans ce massif de la Verne certaines parcelles étaient totalement
impénétrables : il suffirait de se glisser au raz du sol sous
les bruyères et les genets épineux et là : attendre : attendre
combien de temps ?
Fort heureusement son
agresseur n'avait pas de chien avec lui !
Mais s'il avait la
patience de rester là
Il le tirerait quand
il sortirait de sa garenne !
Le garçon s'allongea
au sol sur le dos . Son regard perçait les branches qui filtraient
le ciel et la lumière « d'abord se calmer , calmer les
battements de son cœur et puis réfléchir : peut-être
suffirait-il de rester ici , immobile , tout un jour , toute une nuit
, davantage sans doute «
Devant le ruisseau asséché , le vieillard était assis sur un banc.
Son regard se portait sur la pente , a sa droite , où les sécheresses
successives des dernières années avaient eu raison des buis et des
chênes : c'était donc maintenant une pente caillouteuse piquée de
touffes de pèbre d'aï .
Le ruisseau qui, un peu plus bas, avait longtemps entretenu une source
grâce aux pluie du printemps , était d'une blancheur de squelette .
Ses trois chiens qui ne comprenaient pas l'intérêt qu'il trouvait a
rester là s'étaient éloignés a la recherche de sangliers ou de
chevreuils .Les sangliers , c'est bientôt tout ce qu'il resterait de
vivant sur ce terrain : éventrant la terre ,saccageant les prunelliers
et les pommiers sauvages , retournant le sol au pied des pins ...
Le vieillard n'avait pas bougé et son regard balayait lentement tout autour de lui : qu'attendait-il ?
Les chiens se mirent a couiner a leur façon hystérique dès qu'ils
avaient trouvé une piste et les craquements dans les buissons
s'éloignèrent .
Ce petit ruisseau démarrait sa course seulement 400 mètres plus haut ,
il ne coulait guère qu'après plusieurs jours de pluie mais il pouvait
aussi avoir des crues tout a fait disproportionnées et charrier des
galets qui dévalaient alors la pente ...
Au loin les chiens aboyaient et il ne tentait pas de les rappeler .Il
était dans une sorte d'hébétude quand le regard se trouble et que la
Nature tout autour pèse de tout son poids et prend possession de
l'imprudent qui a arrêté son pas ...
A le regarder , silhouette immobile ,légèrement penchée en avant , on se demandait ce qu'il attend ?
Peut-être l'orage qui menace après une journée étouffante ? Et
justement le ciel s'assombrit , la lumière devient froide et métallique ,
un vent se lève qui secoue et courbe les arbres autour de lui ...
Au loin on entend toujours les chiens qui suivent leur piste .
Le vieillard n'a toujours pas bougé , tout au plus un léger balancement
d'avant en arrière , tandis que les premières gouttes tombent ...
Grosses gouttes rafraîchissantes après cette journée torride !
La pluie maintenant s'accentue , ponctuée de quelques grêlons gros
comme des billes tandis que la noirceur envahit le jour et que des
bourrasques secouent le terrain .
" Qu'attend-tu vieillard pour aller te mettre a l'abri ? ce n'est plus
de ton age de te laisser tremper au risque d'attraper du mal ? Qu'est-ce
qui te pousse a rester là tandis que la pluie balaye en rafales ton
visage ? "
Le ruisseau est en train de naître : un mince filet passe devant le
banc provenant de la moraine du haut du terrain , souvenir des temps
anciens .
La pluie augmente , elle ruisselle sur le visage et le corps du vieil
homme ; elle semble lui apparaître comme une bénédiction , la survie de
cette terre , de ces arbres mourant sur le terrain ...
Et puis brusquement , un déluge s'abat : c'est une malédiction
maintenant qui arrache la terre, fait dévaler les cailloux qui roulent
dans le ruisseau avec des branches cassées et même un cadavre d'oiseau ,
un geai qui n'a pas su se mettre a l'abri ; tout autour le terrain
ruisselle ...
Le vieil homme est maintenant une torche dégoulinante figée dans son immobilité ...
Le ruisseau grossit encore , déborde autour du banc , enveloppe ses
pieds et ses jambes :une eau lourde et boueuse , froide ...
Et puis une énorme vague soudaine s'abat sur le banc , sur le vieillard et les emporte dans ses flots .
Dans mon enfance,elle élevait seule ses trois enfants.
Un jour,Jacques le
garçon, me montra le révolver qui était dans le tiroir,prés de son
lit...
Elle habitait une maison de poupée,entourée de
chats,prés d'un ruisseau presque toujours a sec,un peu a l'écart du
village.
Grande,mince,elle avançait dans la rue
,seule,tèés droite : on éprouvait pour elle beaucoup de respect et l'on
était frappé par le pressentiment d'une existence hors du commun.
Elle
avait participé a la résistance comme beaucoup de protestants .
Après que ses enfants l'eussent quittée,elle avait vécu
seule,travaillé seule dans l'usine déserte des marrons glaçés de
Collobrières.
Souvenir de MARIE MONBEL
mardi 17 mars 2026
vendredi 13 mars 2026
La Verne
L'été
, c'est la plus belle saison que l'on aimerait prolonger tout au long
de l'année …
La
saison du bonheur de vivre a l'unisson de tous les animaux qui sont
autour de la rivière : les poissons mais surtout les reptiles !
Sur les
berges on rencontre la couleuvre d'esculape , animal mythique pour
moi , célébré par les grecs et les romains , origine du caducée .
Elle s'immobilise devant vous et l'on peut passer sans la voir .
Quelquefois elle se laisse manipuler sans chercher a mordre ;
elle est toute fine , toute belle , dans une tonalité qui varie du gris au
noir , ponctuée de minuscules traits d'argent produisant un
scintillement . Elle se nourrit de petits rongeurs et d'oisillons
qu'elle va cueillir en grimpant dans les buissons .
Dans
l'eau on aperçoit la couleuvre a collier qui , elle , se nourrit
uniquement de batraciens ; mais , plus souvent , la couleuvre
vipérine . Celle-ci a le marquage de la vipère mais une tête ovale
, un corps long et fin ; quand elle se sent menacée , elle
souffle comme la vipère et comme elle projette son visage mais
gueule fermée . Sa défense bien plus efficace est de vider ses
intestins sur la main qui l'a saisi et c'est une odeur très
désagréable ! Elle chasse uniquement des poissons ; je
l'ai vu parfois avec dans sa gueule , un barbeau plus gros qu'elle !
En
été on avance au soleil ou a l'ombre dans une vibration continuelle
orchestrée par les cigales qu'on finit par ne plus entendre . On est
saisi par la chaleur , réconforté par l'ombre. Dans cet univers
enchâssé de la Verne il y a trop a voir , trop a sentir , trop
a entendre : tout est trop !!!
A
mesure que la rivière s'assèche , la vie se concentre dans de
grands trous d'eau creusé dans la roche schisteuse . Dans ces grands
bassins l'eau prend , peu a peu une teinte sépia . Sa surface est
trouée par les poissons qui halètent en manque d'oxygène , ridée
par le ballet des cordonniers , frôlée par le vol des libellules …
Cette
eau , bientôt noire m'attire , elle me fascine …
A la
différence de Narcisse je n'y contemple pas mon visage mais pressent
qu'elle est une porte d'entrée vers l'inconnu que chacun de nous
porte en lui …
Printemps a
Collobrières
Au printemps Collobrières
n'a pas encore les senteurs et les vibrations de l'été . L'air est
léger , la lumière changeante obéissant aux caprices des nuages
qui courent on ne sait où ?
Dans chaque ravine l'eau
suinte ou s'écoule doucement , au fond des vallons l'herbe est verte
et tendre et l'on peut , si l'on a de la chance découvrir quatre
petites tortues fraîchement écloses …
Le long des sentiers , les
bruyères arborescentes vous bombardent d'un pollen blanc et les
jeunes pins vous couvre d'une poussière jaune …
C'est le moment où l'on a
le plus d'opportunité de croiser la couleuvre d'Esculape en
recherche d'accouplement durant la journée . Qu'elle soit sur une
branche ou au sol , elle s'immobilise et si vous êtes distrait vous
l'enjamberez sans la voir !
Dans les rivières l'eau
absolument claire offre aux regards toute sa population :
barbeaux , chevesnes ou vairons mais aussi des anguilles ,
grenouilles et crapauds venus pondre et même parfois deux mâles de
tortues d'eau en trains de se battre !
Les prés naturels a
l'herbe rase sont piquetés de fleurs : anémones , pâquerettes ,
boutons d'or , marguerites , glaïeuls ; les bois remplis de
violettes , de pervenches et c'est le moment de cueillir les pousses
d'asperges pour l'omelette !
Sur les coteaux c'est
l'explosion des cistes roses et blancs , des asphodèles mais déjà
l 'été arrive ...
Parmi
les immenses populations qui peuplent la terre , très peu
revendiquent un authentique athéisme ?
Les
religions sont innombrables et certaines déjà éteintes.
Il
y a les croyances premières des peuples premiers .
Les
religions les plus élaborées qui se sont affinées au fil des
siècles en agglomérant une multitude de dogmes comme le
christianisme .
D'autres
accumulant les préceptes a suivre obligatoirement.
Il y en
a qui développent à l'infini une discussion critique et
contradictoire comme les juifs .
Toutes
ces religions généralement aboutissent à des conflits meurtriers
ou les croyants s'exterminent les uns des autres au nom de Dieu tout
puissant et miséricordieux .
Pour
moi il me plaît de croire comment Ugo s'il a physiquement disparu ;
n'a pas perdu le contact avec moi .
'Il
attend paisiblement que le rejoigne bientôt un très bon maître
qui était pour lui aussi un ami ...
Michel ,suivi d' Ugo
son fidèle Malinois, quitte l'ombre des grands aulnes et s'engage
dans le lit de la rivière.
Il y a là un
peuplement d'osmondes royales : certaines de ces fougères
possédant même un petit tronc .Leurs frondes se penchent sur l'eau
noire .
Michel et Ugo pataugent
dans l'eau tiède de cette fin d'été .
Arrivés au tournant de
la rivière un ensemble de cuves profondes creusés par les crues de
l'hiver dans le schiste tendre . .Ces cuves noires sont enchassées
dans un décor étincelant de mica .
C'est là, qu'un jour Ugo
a glissé et plongé dans une gerbe d'écume .
Aujourd'hui, il reste
prudemment derrière Michel attentif a ses gestes ,devinant ses ses
intentions comme un ami fidèle qu'il est .
Michel s'arrête ,il
contemple un moment ce paysage qui lui rappelle tant de souvenirs .
Il étire ses bras vers le
ciel puis les rabat .Il bat de ses bras comme des ailes. Peu à
peu, il s'élève à chacun de ses battements ,Ugo l'accompagne ...
Maintenant, ils dominent
le lit de la rivière qui serpente au milieu des collines. Il
s'engage en planant toujours suivi d' Ugo …
La Verne.
C'est maintenant leur
domaine ,pour l'éternité ...